Ce n’est pas la première fois que Didier Castino rencontre les détenus de la Maison d’Arrêt d’Aix-en-Provence.
En effet il a été, il y a des années, professeur de français intervenant auprès des personnes scolarisées. Ce 3 Mai, il est là pour parler de son premier roman “Après le silence”.
Ils sont cinq autour de la table, dans une salle de classe nue, sans affichage. On entend les éclats de voix des détenus qui sont dans la bibliothèque tout à côté. Le bruit, ils y sont habitués, et il n’y a que Didier et moi que cela perturbe un peu au début. Curieusement ce bruit va s’estomper progressivement au fil de la séance, absorbés que nous sommes par la qualité et l’intensité de l’échange.
Trois des personnes présentes ont lu le roman. Ils parlent de la relation au père, de ce monde ouvrier marseillais que certains ont connus, de l’image du père héros un peu castrateur, de l’humanité qui est là.
Le fil de l’histoire est émaillé de références historiques, d’objets du quotidien, de la voiture ce symbole de l’ascension sociale.
Didier Castino n’a pas écrit une autobiographie. Il parle de son écriture, de l’histoire de la naissance du livre, de sa relation avec Liana Levi son éditrice.
Les participants sont curieux de son expérience d’écrivain. Comment écrit-on ? Quel temps cela prend-il ? L’aspect économique les intéresse aussi.

Il est alors temps de se séparer. Chacun va dans la direction de son unité d’hébergement et nous sortons en prenant conscience de la valeur du mot “dehors” et ce que peut signifier pour une personne incarcérée les mots du quotidien que nous prononçons.

Je reçois le soir même un message de Didier Castino adressé aux lecteurs que je leur remettrai demain :
“Très chers, Patrick, Abdallah, David, Georges, Jean-Jacques,
Je suis sorti après vous avoir rencontrés et vous êtes retournés à vos cellules. Ce fut une rencontre éphémère, mais très riche. Fraternelle. On ne sort jamais indemne de ce type de rencontre, vos mots résonnent encore en moi, continuent à agir. Votre parole est agissante. Ce n’est pas rien ce qu’on s’est dit.  On n’a pas parlé de la pluie et du beau temps. Vous n’êtes pas des hommes vides
Nous nous sommes livrés les uns aux autres avec beaucoup de pudeur, la pudeur dont parlait Jean-Jacques.
Je ressens encore vos engagements, vos révoltes, vos perspectives. Et je vous en remercie. Je ressens encore votre envie folle d’affronter ce silence et cette attente, de la transformer, de ne pas subir. Je salue en vous des hommes droits, dignes. Même si c’est facile pour moi, de là où je suis, j’ai envie de vous dire de continuer.
Continuez avec force, tenez bon.
Encore une fois merci pour tout et peut-être à bientôt.
Chaleureusement.
Didier Castino”

Texte écrit par Jean Garcin